Écrits du fondateur

    Méditations et extraits diffusés sur le groupe Facebook « En mémoire de Gérard Marier »

    Vous trouverez ici, classés du plus récent au plus ancien, les écrits de l'abbé Gérard Marier régulièrement partagés sur le groupe Facebook « En mémoire de Gérard Marier ». Chaque méditation cite l'ouvrage ou la revue d'origine.

    46 méditations

    Les écrits

    1. Publié sur Facebook

      L’étape initiale de l’aveu franchie, la supplication commence — c’est la seconde étape — avec une impatiente détermination, comme on l’apprend à l’école des psalmistes. C’est l’étape du « harcèlement spirituel ». Avec Dieu, tous les coups sont permis quand on souffre. La prière peut se faire, sans complexe, véhémente : les psaumes en sont la preuve et la justification : « Réveille-toi, pourquoi dors-tu, Seigneur? Sors de ton sommeil. » (Ps 44, 24) « Ô Dieu, sors de ton sommeil; Dieu ne reste pas inerte et muet. » (Ps 83, 21)

      Pour être plus efficace encore, la supplication se mêle à l’intercession, c’est-à-dire à la prière pour les autres. En priant le Seigneur de me libérer, je pense à ceux et celles qui souffrent de la même dépendance que moi. Autant je demande la libération pour moi, autant je la demande pour eux et pour elles. C’est là un acte de générosité, qui ressemble tellement au cœur de Dieu même que je ne lui laisse plus le choix d’agir ou non en ma faveur.

      Revue Prière Appel d’Aurore, n° 59, Été 2004, p. 13
    2. Publié sur Facebook

      Au commencement de la libération, il y a l’aveu ou la confession de son problème. Une étape incontournable et absolument prioritaire. C’est l’enclume sur laquelle sera brisée la chaîne. Tant qu’on n’a pas nommé ou dit ses liens ou ses prisons, il est inutile et puéril de rêver à la liberté. Car c’est la vérité qui rend libre (Jn 8, 34).

      Revue Prière Appel d’Aurore, n° 59, Été 2004, p. 12-13
    3. Père Gérard Marier prêchant

      Gérard Marier
      1930 – 2019

    4. Publié sur Facebook

      Une bonne plainte est interminable, elle n’a honte de rien et, troisième trait, elle ne fait pas de reproche, sans quoi on nous ferait taire sous prétexte de léser des réputations. « Aie pitié de moi! » ne porte aucune accusation d’incompétence ni de mauvaise volonté. Au-delà de cette plainte, nous ne cherchons pas les causes de notre misère, nous la disons sans l’analyser. C’est le pur reflet de notre misère; notre force se tire en partie de là; on n’échappe pas à l’évidence, où nous plaçons les autres par une simple plainte.

      D’où vient ma misère? S’il y a un responsable c’est moi, ce ne saurait être Dieu. Quand je demande à Dieu de prendre pitié de moi, je sais quelle est sa miséricorde pour moi. Chaque fois que j’ajoute à la prière : « aie pitié de moi! » je ne trouve rien d’autre à dire que la louange, et je serais consterné à la pensée que ce pourrait être un reproche.

      Encore que j’en sois capable, les apôtres n’en sont-ils pas arrivés jusque-là « Maître, cela ne te fait rien que nous périssions? » (Mc 4, 38)?

      « Que votre âme se réjouisse dans la miséricorde du Seigneur, n’ayez pas honte de le louer » (Si 51, 29). Votre plainte n’est pas méprisable, nous dit l’Écriture, elle vous conduira à la connaissance la plus dépouillée et la plus profonde de l’homme, dans le repos de la sagesse de Dieu.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 184
    5. Publié sur Facebook

      Jésus Christ, fils du Dieu vivant, aie pitié de moi pécheur!

      Que dire d’autre à Jésus quand on vit comme je vis? Ma plainte est sans fin, mon péché aussi. Ma plainte n’est pas seule, mon péché l’accompagne, la nourrit je dirais. Je ne m’arrêterai pas de me plaindre avant d’avoir arrêté de pécher.

      La force de la plainte vient de sa répétition inlassable, partout, en privé, en public, peu important les bonnes manières reçues par la société. Pour bien nous plaindre, il est entendu que nous poursuivrons le juge, l’avocat, Dieu où qu’ils se trouvent, sans quoi la plainte ne serait pas efficace. Le génie de la plainte c’est de ne laisser aucun repos à la personne dont nous attendons quelque chose. Honte ou pas nous avons à nous plaindre, et c’est souvent devant tous que nous le faisons, quitte à nous faire rabrouer par la foule agacée d’une présence discordante au milieu d’un rassemblement magnifique. L’aveugle Bartimée nous a fait l’école (Mc 10, 46-48).

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 184
    6. Publié sur Facebook

      « Ma parole, entends-la, Seigneur, discerne ma plainte, attentif à la voix de mon appel, ô mon Roi et mon Dieu » (Ps 5). Je vais encore crier vers toi, Dieu, notre Père; c’est la moitié de la vie du pauvre. Passé le moment du répit, je reprends, sous le choc de ma misère, la prière insistante : « aie pitié de moi! »

      Je ne suis pas fier d’être réduit à me plaindre; je le fais par la force des choses. J’en suis venu à recourir à la plainte pour survivre parce qu’il ne me restait rien d’autre avant de me décourager.

      Peu à peu j’apprends assez à me plaindre pour avoir des résultats. Je découvre que la première et la plus importante caractéristique de la plainte c’est la répétition interminable. On se plaint bien quand on se plaint tout le temps. Une plainte de quelques minutes est inutile, elle nuit même à notre cause par l’irritation subite et incontrôlable qu’elle produit chez autrui. Nous nous plaignons en règle, c’est nous menaçons les autres, tel le juge de l’Évangile, de les rendre fous à force de crier (Lc 18, 1-5). À moins de répéter : « aie pitié de moi! » des milliers de fois, mieux vaut ne pas entreprendre de se plaindre; nous n’en tirerons aucun avantage. En pratique cela veut dire que nous ne savons pas quand nous cesserons de nous plaindre, tant de personnes ont des nerfs d’une étonnante résistance. Le chemin de la plainte n’a presque pas de bout, c’est pourquoi si peu de gens l’utilisent; il est propre à nous décourager.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 183-184
    7. Publié sur Facebook

      Bon pasteur, Jésus rassemble dans l’unité les brebis dispersées par le péché (Jn 10, 12; 11, 52), en payant le prix du pardon (Ga 3, 13), c’est-à-dire en prenant sur lui la division provoquée par le péché. Celui qui n’avait pas commis le péché a été, pour nous, identifié par Dieu au péché (II Co 5, 21), chargé pleinement, en d’autres mots, de la conséquence du péché.

      Lettre à quelqu’un, n° 131
    8. Publié sur Facebook

      La tragédie de la croix, maintenue jusqu’à la fin des temps entre autres par la messe, pourquoi la cacher? L’Écriture est trop claire. Du même coup nous camouflerions l’odieux du péché et la folie de l’amour miséricordieux du Père, du Fils et de l’Esprit.

      Lettre à quelqu’un, n° 132
    9. Publié sur Facebook

      Pourquoi le monde ne dirait-il pas de nous, témoins et bénéficiaires de l’action libératrice de l’Esprit en nos vies : « Qui sont-ils ceux-là? Ils volent comme un nuage, comme des colombes vers leurs pigeonniers. » (Es 60, 8)?

      Pour des raisons que lui seul connaît, l’Esprit peut libérer instantanément une personne esclave d’une tendance profonde, pour toujours et même à son insu. À l’occasion par exemple, d’une soirée de prière charismatique, quelqu’un ressentira subitement qu’il est libéré d’une dépendance tyrannique qui jamais plus ne l’affectera. Mais le plus souvent, l’Esprit agit par étapes, selon un processus qui exige notre collaboration. Bien entendu, le cheminement varie d’une personne à l’autre quant à la durée et à l’ordre des étapes intermédiaires, mais toujours le cheminement commence par la reconnaissance de sa dépendance et s’achève par la reconnaissance de sa libération.

      Revue Prière Appel d’Aurore, n° 59, Été 2004, p. 12
    10. Publié sur Facebook

      Qui n’est pas, un jour ou l’autre, asservi à des forces quasi impossibles à maîtriser (Ga 4, 3)? Ce peut être la cigarette, la drogue, l’alcool, la boulimie, un médicament inutile et nuisible. Ce peut-être encore la pédophilie, la pornographie, l’inceste, l’obsession sexuelle, la dépendance affective, l’angoisse, les peurs de toutes sortes, la soif du pouvoir, l’attachement à son apparence physique, ou à l’argent. Ce peut être même la recherche insatiable des consolations de l’Esprit, qui est une entrave quand on a dépassé l’étape des débutants.

      Or, c’est à la liberté que nous avons été appelés (Ga 5, 13) après avoir rompu avec toutes les dépendances, si minimes ou si ténues soient-elles. Car, rappelle avec bon sens Jean de la Croix, retenu par un fil, un oiseau l’est tout autant que par une corde.

      Revue Prière Appel d’Aurore, n° 59, Été 2004, p. 12
    11. Publié sur Facebook

      Dieu, Père de Jésus-Christ et notre Père à nous, tu as bâti l’amour à jamais; tu as fait pour toujours une alliance avec nous. Les cieux rendent grâce pour ta merveille, pour ta fidélité dans l’assemblée des saints. Qui donc en les nues se compare à toi? (Ps 89)

      Dès lors que personne ne nous tourmente car nous portons en nos corps, les marques de Jésus (Ga 6, 17), notre héritage.

      Je te bénis mon Dieu de m’avoir révélé, à l’heure où je me haïssais moi-même, ma condition d’enfant de Dieu. Mon cœur déborde de reconnaissance pour cette expérience où tu m’as plongé et dont il est impossible de rendre compte à mes frères tellement elle est unique. À un cheveu de la révolte contre ma misère et finalement contre toi qui m’a créé, j’ai connu la paix de l’humilité grâce à l’Esprit-Saint.

      Que ma faute soit sans fin devant moi. Avec la prière.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 181-182
    12. Publié sur Facebook

      Notre seule espérance, Dieu notre Père, c’est ton fils établi par toi et héritier du monde. En lui-même l’héritage que nous sommes ne vaut pas cher, c’est la qualité de l’héritier, resplendissement de ta gloire et expression de ton être (He 1, 2-3), qui donne à l’héritage tout son prix. Il a suffi que Jésus veuille de nous pour héritage pour que notre misère se change en gloire. C’est à peine croyable.

      C’est à peine croyable; il y a pourtant encore plus. Nous sommes l’héritage de Jésus, c’est le fondement d’une dignité incomparable; que pouvons-nous espérer davantage? Que reste-t-il à désirer après avoir été donné à Jésus Christ? Un pas de plus, et Jésus nous serait donné en héritage à son tour, ce que nous n’osons penser de crainte d’attenter à la sainteté de Dieu. Eh bien! Dieu a osé à notre place. Il a fait de nous, en toute rigueur, les héritiers de Jésus, en allant même jusqu’à nous donner tout de suite un acompte de notre héritage avec le sceau de l’Esprit-Saint (Ep 1, 13).

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 181
    13. Publié sur Facebook

      Celui qui a vécu toute sa vie dans l’étroite humilité va à l’essentiel des choses avec un instinct très sûr, libre des figures changeantes et vaines du cœur humain. Rien ne l’égare sur la grandeur ni sur la misère de l’homme, il est dans la vérité totale, le maître par excellence des fonds les plus inaccessibles à la science de l’homme.

      Seigneur, prends pitié de moi pécheur et de mes frères liés à moi, pécheurs avec moi. La plupart nient leur péché; ils défendent leur justice à travers un réseau de mensonges. C’est étrange qu’ils ne voient pas ce qui crève les yeux à tant d’autres.

      Mon Dieu, prends pitié des pécheurs, prends pitié surtout des justes. Ce n’est pas sans hésitation que nous te prions pour les justes, nous souvenant des malédictions que ton Fils a lancées aux Pharisiens hypocrites (Mt 23, 13-36).

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 180-181
    14. Publié sur Facebook

      Quand on me critique sévèrement, on est surpris de me voir d’accord; on pense que je veux me moquer. Il n’en est rien; je suis sincère; je me fais à moi-même des critiques bien plus sévères encore.

      Pourquoi est-ce que je dis tout cela? Ne serait-ce pas une recherche de moi? Qu’il est difficile d’être un bon pécheur, humble et contrit! Judas n’a pas été un bon pécheur; il est allé trop loin avec son regret; son geste désespéré a été inutile, ce n’est pas assez dire, il a été pire que la trahison de Jésus elle-même, il a blessé plus que la trahison le cœur miséricordieux de Jésus.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 180
    15. Publié sur Facebook

      Mon Dieu, garde-moi de dépasser les limites du regret et de me révolter contre moi-même […]. Je veux bien souffrir à la vue de ce que je suis, mais dans l’attente, avec un peu de sérénité, du jour où, je ne sais à cause de quel miracle, je serai libéré de mon péché.

      Grâce te soit rendue, Dieu le Père (Rm 7, 25), ton amour emportera mes résistances et ta sagesse s’imposera à mes pauvres turpitudes.

      Frapper mon corps en attendant? Oui, peut-être, ne serait-ce que pour me défouler, à défaut de me rendre plus disponible à l’Esprit Saint […]. La sainteté ne viendra pas de la pénitence; rien de si grand prix ne viendra de moi.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 180
    16. Publié sur Facebook

      Ton projet sur moi m’écrase par son ambition. Je ne vois pas comment tu arriveras par ton Esprit à changer la misère que je suis en un trait de gloire. Après des années de présence de ton Esprit en moi, je suis ce que j’étais; n’importe qui, s’il est honnête en conviendra.

      Entre toi et moi, Seigneur, c’est un corps-à-corps géant. Tu empoignes les puissances du mal en moi pour les détruire et moi je suis assez fort pour te résister.

      Malheureux homme que je suis! Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la mort? (Rm 7, 25)

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 180
    17. Publié sur Facebook

      Mon Dieu pardonne-moi d’être ce que je suis; oublie mes efforts subtils pour me mettre en évidence et ferme les yeux sur ces mouvements subits et presque continuels des désirs de la chair.

      À certains jours, mon Dieu, tu le sais, mon péché remplit tellement mon univers que je me hais jusqu’à venir à penser : pourquoi une chose comme moi existe-t-elle?

      J’entends des gens prier ainsi : « Merci, Seigneur, de nous accepter tels que nous sommes ». C’est difficile pour moi de m’identifier à cette prière; il me semble, Seigneur, que tu ne peux m’accepter tel que je suis. Tu es saint et je suis péché; tu n’auras de repos que je ne sois parfait comme tu es parfait (Mt 5, 48).

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 179
    18. Publié sur Facebook

      Dans toute l’impermanence et des flots et des vents, le rocher et le phare font briller la durée. Ainsi agit l’amour : dans l’écoulement du temps, Il scelle en chaque vie des grains d’éternité.

      Prière Appel d’Aurore, Été 2004, n° 59, p. 2
    19. Publié sur Facebook

      Comme les montagnes qui crèvent la nuée La prière nous élève jusqu’au ciel pas à pas. Comme la rivière qui coule vers le plus bas La prière fait chercher la vraie humilité.

      Prière Appel d’Aurore, Printemps 2004, n° 58, p. 2
    20. Publié sur Facebook

      Réjouis-toi communauté stérile qui n’enfante pas, éclate en cris de joie et d’allégresse (Ga 4, 27) pourvu que tu aies la foi en la vitalisation de la croix. Tout arrive dans l’emballage de la croix.

      Responsable de communauté, sois sans crainte, le Père ne donne le royaume qu’au petit troupeau (Lc 12, 32). Les œuvres de puissance, miracles, visions de l’avenir, langues, encore qu’elles soient utiles à l’œuvre évangélisatrice de la communauté, surtout aujourd’hui, ne doivent pas être l’occasion de joies particulières comme l’enseigne Jean de la Croix « puisque d’elles-mêmes, elles ne sont pas le moyen pour unir l’âme à Dieu, mais c’est la charité qui le fait et l’on peut exercer ces œuvres, d’ajouter Jean de la Croix, sans être en grâce ni charité » (La montée du Carmel, liv. III, chap. 29), à preuve Salomon, l’inique prophète Balaam ou Simon le magicien. « Quand je parlerais en langues… quand j’aurais le don de prophétie… s’il me manque l’amour, je ne suis rien » (I Co 13, 1-3). C’est pourquoi, conclut Jean de la Croix, le Seigneur répondra à plusieurs qui auront fait cas de leurs œuvres de prophéties ou de miracles pour lesquelles ils lui demanderont le Royaume : « Je ne vous ai jamais connus, écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité » (Mt 7, 23).

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 177-178
    21. Publié sur Facebook

      Je délire, me diront des gens scandalisés par mon audace. Encore un peu et tu confesseras ton péché entre deux Alléluia! C’est juste, je confesserai mon péché entre deux Alléluia! Pourquoi pas, j’ai appris ma leçon de personne d’autre que du psalmiste, c’est lui qui m’a montré comment priait un vrai pécheur. Va-t-on encore me reprocher mon audace?

      « Alléluia! s’écrie le psalmiste. Rendez grâce au Seigneur, car il est bon, car éternel est son amour. » Ces mots de louange vont servir à introduire un aveu long et détaillé des fautes d’Israël avant d’être repris à la fin de cette confession exceptionnellement fouillée. « Béni soit le Seigneur le Dieu d’Israël depuis toujours jusqu’à toujours! » (Ps 106)

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 176-177
    22. Publié sur Facebook

      À défaut de pouvoir miser sur l’habileté de la communauté à évangéliser, l’aisance à partager ou encore la spontanéité à prier, les pasteurs misent sur les fautes quotidiennes, telles les croix, et finissent, dans cette impuissance à faire mieux pour le moment, par mener leur communauté à la perfection « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (II Co 12, 10).

      C’est pourquoi nous entendons ces étranges pasteurs remercier Dieu des pauvretés comme s’il s’agissait là de performances miraculeuses. « Oui, diront-ils en écho à saint Paul, nous nous réjouissons quand nous sommes faibles » (II Co 13, 9).

      Notre communauté va mal, Seigneur, nous traversons crise sur crise, sois-en béni et prends pitié de nous.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 176
    23. Publié sur Facebook

      Jésus a prié pour nous garder du mauvais (Jn 17, 15), il n’a pas prié pour faire de nous des êtres surhumains. Réconciliés avec le Père en Christ « dès à présent » (Rm 5, 11), nous sommes préservés des séquelles mortelles du péché; quant au péché lui-même, nous le commettrons aussi longtemps que nous vivrons.

      Les meilleurs responsables de nos communautés savent quelle est la condition fondamentale des chrétiens; ils n’ignorent pas les tendances destructrices toujours à l’œuvre dans les églises les plus recommandables. Ils utilisent donc les péchés à toute espèce de fin : louange à la miséricorde du Père, garantie contre l’orgueil, preuve comme quoi aucun bien en nous n’est de nous : « Ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu » (1 Co 15, 10).

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 175-176
    24. Publié sur Facebook

      Quand des pécheurs se rassemblent, ils constituent l’Église, et ils le savent bien. C’est pourquoi les chrétiens commencent par l’aveu de leurs fautes leurs assemblées les plus importantes, les assemblées de prière liturgique. On montre qu’on n’a rien compris aux assemblées liturgiques, si on les laisse tomber sous prétexte que ceux qui s’y trouvent sont injustes et agressifs, orgueilleux et hypocrites.

      Baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, nous sommes sauvés, il est vrai, mais nous ne sommes pas pour autant à l’abri du péché. « Je sais qu’en moi, je veux dire dans ma chair, le bien n’habite pas : vouloir le bien est à ma portée mais non pas l’accomplir, puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais » (Rm 7, 18-19).

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 175
    25. Publié sur Facebook

      Jadis on commençait la prière par ces mots : « Mettons-nous en présence de Dieu. » On aurait pu s’arrêter là. On avait déjà beaucoup et surtout bien prié. La prière souveraine était faite. Une présence à la Présence.

      Cette prière-là, de simple présence, n’est pas exaucée puisqu’elle ne demande rien, mais elle exauce Dieu qui demande tout de notre amour. C’est la prière des gens si pauvres qu’ils ne pensent même plus à demander quoi que ce soit. C’est aussi la prière des gens si généreux qu’ils ne pensent même pas à refuser quoi que ce soit aux autres, surtout pas à Dieu. Mais chose paradoxale, quand on prie ainsi, quand on n’a plus le souci de combler par la prière son besoin mais celui de Dieu, on reçoit le centuple. Qui perd sa prière la retrouve.

      Depuis qu’elle existe, la croix a tout entendu. Le grand cri des uns et le grand silence des autres. Avec la même passion.

      Revue Prière Appel de l’Aurore, n° 57, Hiver 2004, p. 14
    26. Publié sur Facebook

      La vie de la prière et la prière de la vie ne s’achèvent pas toujours par un grand cri. Ce peut être aussi par un grand silence, dans l’apaisement de tous les cris de nos existences remises entre les mains de Dieu. Dans la version de la Passion selon saint Luc, c’est ainsi que meurt Jésus « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » (Lc 23, 46)

      Ici la prière ne s’élève pas jusqu’au ciel, elle descend dans les profondeurs du cœur pour s’y cacher, afin de mettre à l’abri de tout regard étranger une intimité nuptiale avec Jésus.

      Revue Prière Appel de l’Aurore, n° 57, Hiver 2004, p. 14
    27. Publié sur Facebook

      Toute la cohorte des hommes et des femmes, à l’exception des satisfaits, je veux dire des bêtes grasses, marche vers la croix. La route humaine s’appelle un jour à juste titre la « transcalvairienne ». À un détour ou l’autre du chemin, la souffrance nous attend et, dans la souffrance, le cri nous attend et, dans le cri, l’oreille même de Dieu nous attend, tenu éternellement sur le qui-vive par son amour insensé pour nous. Car sans nous, Dieu ne vit pas, il meurt. Il a plus besoin de notre amour que nous du sien. En vérité, notre route devrait être rebaptisée. Elle passe moins par les épreuves que par le cœur. Et c’est pourquoi nous l’appellerons la « transcordienne ».

      Revue Prière Appel de l’Aurore, n° 57, Hiver 2004, p. 14
    28. Publié sur Facebook

      L’immense majorité des hommes et des femmes qui, aux prises avec la souffrance, oublient de prier n’ont pas dit leur dernier mot. Un instant apaisée, leur souffrance reprendra soit telle quelle, soit sous une autre forme tôt ou tard. Et quand leur souffrance sera sans issue, cette fois-ci, quand ils se verront véritablement à la croix, ils jetteront à leur tour un grand cri, ce que les repus ne font pas. En exprimant leur mal avec autant de sincérité que de profondeur, ils donneront à Dieu la permission d’entendre leur souffrance, ce que les repus ne permettent pas. Or, quand elle atteint l’oreille de Dieu, la peine ne peut plus être que prière. Quelle que soit la condition de la personne — Jésus à la croix était bien devenu péché (II Co 5, 21) —, si elle souffre assez pour crier, elle prie assez pour être exaucée.

      Revue Prière Appel de l’Aurore, n° 57, Hiver 2004, p. 13-14
    29. Publié sur Facebook

      Avant de mourir, Jésus prie, au témoignage des synoptiques. Il prie avec les psaumes, il prie aussi au-delà des psaumes, dans l’exercice d’une liberté et d’une autorité totales, allant même jusqu’à corriger, voire contredire des passages du psautier. Sa prière : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34) est loin de se retrouver dans la prière psalmique; au contraire, elle en abolit des dizaines de versets, en rendant périmées ces nombreuses demandes des psalmistes faites à Dieu pour qu’il punisse et même détruise les ennemis. C’est avec son sang que Jésus en croix réécrit des psaumes. Sa prière, en ce lieu, atteint toute sa plénitude. Elle s’élève plus haut que jamais au point de crever le ciel. Or, sa prière s’achève, non par un mot, mais par un grand cri (Mt 27, 50). Le cri de toute l’humanité souffrante. Sur les lèvres de Jésus mourant, toutes les réserves de prière du monde explosent dans le cri d’une douleur infernale.

      Revue Prière Appel de l’Aurore, n° 57, Hiver 2004, p. 13
    30. Publié sur Facebook

      Comme on le voit par ces exemples d’immaturité, le renouvellement intérieur passe par la communauté, notre pédagogue à tous; il est lié à elle et il se développe en elle et par elle, selon la volonté même de Jésus. Voilà pourquoi l’épître aux Hébreux nous demande de « veiller » les uns sur les autres pour nous exciter à la charité et aux bonnes œuvres, celles-ci étant enracinées dans un sain jugement (Ep 4, 23). « Ne désertons pas nos assemblées, enchaîne l’épître, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous » (He 10, 24-25).

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 174
    31. Publié sur Facebook

      Voici des exemples de jugement déficient (suite) :

      — Prier sans partager une partie de ses revenus (Ac 10, 2); en d’autres mots aimer Dieu et ne pas aimer ses frères. Est-il besoin de dire davantage sur cette contradiction? Ce n’est pas parce que nous vivons dans le monde que nous perdons le droit d’être pauvres.

      — Contraint de faire son propre éloge l’Apôtre s’abstient malgré tout de dire certaines choses de peur qu’on ait sur son compte une opinion supérieure à ce qu’on voit de lui (II Co 12, 6). Avons-nous assez de discrétion quant aux succès de nos entreprises et des dons intimes de l’Esprit? « Commençons, mes frères, disait saint François d’Assise vers la fin de sa vie, à servir le Seigneur Dieu car c’est à peine si nous avons jusqu’ici accompli quelques progrès! » L’humilité réduit à des proportions congrues la révélation de nos performances.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 174
    32. Publié sur Facebook

      Voici des exemples de jugement déficient (suite) :

      — « Seigneur, donne-moi la paix, prends pitié de moi, fais-moi simple, révèle-toi à moi. » Pourquoi toutes ces prières tournées exclusivement vers soi alors que nous sommes réunis tous ensemble? « Vous donc priez ainsi », nous dit Jésus, et il nous enseigne le « Notre » Père (Mt 6, 9). Derrière cette insistance à parler ainsi en son seul nom, il y a une dépréciation de la communauté.

      — Ne rien prévoir pour la méditation ou la prière faite en son cœur dans le silence. Pourtant quelle forme de prière, avec l’Eucharistie, a autant fait vivre l’Église? À quoi bon prier, sans prier comme Marie (Lc 2, 51)? Le silence s’impose d’autant plus qu’après quelques mois, la prière personnelle manque de sel, à moins qu’elle ne se ressource dans les psaumes.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 173-174
    33. Publié sur Facebook

      Voici des exemples de jugement déficient (suite) :

      — Prendre une décision importante à partir d’un songe, d’une vision ou d’un texte de l’Écriture choisi au hasard. Si ces choses plus ou moins extraordinaires viennent du Seigneur, elles seront suivies ou précédées d’autres signes qui iront dans le même sens, telles les visions de Corneille et de Pierre, complémentaires (Ac 10), sinon vaut mieux les oublier. En pensant à des frères poussés à prendre des initiatives sur la seule foi d’un signe insolite malgré l’avis de la communauté, je me souviens du passage de l’épître aux Romains : « Dieu leur a donné un esprit de torpeur, des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre… Que leur table soit un piège, un filet, une cause de chute » (Rm 11, 8-9).

      — Mépriser la théologie, l’un des plus grands charismes de l’Esprit (I Co 12, 28), sous prétexte qu’elle sert davantage chez certains la philosophie que la foi.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 173
    34. Publié sur Facebook

      Avec la division entre les membres, le manque de jugement spirituel me paraît être la deuxième plus grande lacune de nos communautés de prière. Au chapitre 4 de l’épître aux Éphésiens, saint Paul médite sur l’unité et sur la transformation spirituelle du jugement, passant de l’une à l’autre plusieurs fois puisque les deux sont indissociables.

      Voici des exemples de jugement déficient :

      — Laisser libre cours à toutes ses émotions dans les assemblées. Pour se moquer des faux prophètes en prière au mont Carmel, devant l’autel de Baal, afin d’obtenir un miracle, Élie leur disait : « Criez plus fort car c’est un dieu : il a des soucis ou des affaires, ou bien il est en voyage; peut-être dort-il, il se réveillera » (1R 18, 27).

      — Intervenir à tout propos dans l’assemblée plutôt que de prier pour que d’autres disent aussi ce qui nous semble essentiel. Au psaume 141, David demande au Seigneur d’établir une garde à sa bouche et de veiller sur la porte de ses lèvres.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 172-173
    35. Publié sur Facebook

      Le pardon pur et simple peut lui aussi être un geste un peu court. L’amour cherche plus qu’à pardonner; il tend encore à éduquer le frère indélicat, irritable, dominateur, vindicatif, sans quoi ses offenses seront sans fin et son progrès dans la foi impossible. Pardonnez, dit Jésus, autant de fois que votre frère, à la lumière de votre réprimande, va regretter sa faute (Lc 17, 3-4).

      Je crains d’avoir souvent pardonné d’une manière paternaliste, au détriment de mon frère laissé à son péché. À quoi bon le pardon qui n’est pas une réponse à une conversion du pécheur?

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 172
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      Je me souviens d’un prêtre dont le charisme de la bonne entente avait noyé celui de prophétie et qui, à la suite de divergences violentes au cours de la célébration de la Parole, s’est contenté de dire avant la communion : « Sans nous poser de question sur notre affrontement, sans nous poser de question — c’est lui-même qui insistait — communions en toute simplicité au corps de Jésus ». En d’autres mots : « Je décrète le “cessez-le-feu” pour le temps de la communion ». C’est un peu court comme geste de communion. Jésus demande d’aller plus loin. « Quand vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, pour que votre Père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes » (Mc 11, 25).

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 172
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      Il existe deux péchés particulièrement graves dans nos communautés de prière : la division entre les membres et le manque de jugement spirituel.

      Si l’opposition entre les membres du Christ n’est jamais chose négligeable puisque Jésus est mort pour nous rassembler tous en un même corps (Jn 11, 52), elle est odieuse quand elle se produit à la célébration de l’Eucharistie, signe et cause de l’unité. Je ne comprends pas qu’on poursuive l’Eucharistie après des échanges hostiles, non pardonnés du fond du cœur; c’est boire et manger sa propre condamnation (I Co 11, 29). Nous fermons trop les yeux sur la gravité des rivalités.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 171-172
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      Jésus ne nous demande pas seulement de prier, il nous demande encore de veiller, c’est-à-dire de ne pas nous endormir dans une fausse paix. Il arrive que des communautés de prière, justement parce qu’on y prie beaucoup, paraissent vivre selon l’Esprit alors qu’elles sont aussi mortes que Sardes. « Tu as renom de vivre mais tu es mort! Sois vigilant! Affermis le reste qui est près de mourir, car je n’ai pas trouvé tes œuvres parfaites… Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur » (Ap 3, 1-3).

      Il ne suffit pas de se mettre en prière pour se placer sur-le-champ dans l’irradiation de l’Esprit. Pendant la prière, le mal en nous reste à l’œuvre et comme nous nous rappelons la présence du Seigneur au milieu de nous, nous nous rappelons la présence de l’esprit du mal au milieu de nous également. Quand nous prions, nous ne nous plaçons pas au-dessus du mal de telle sorte que nos adversaires n’auraient pas d’autre choix que celui d’attendre la fin de la prière pour frapper à nouveau.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 170
    39. Publié sur Facebook

      C’est le samedi soir, après une semaine de retraite dans l’Ouest canadien. Entre Winnipeg et Montréal, je termine un ouvrage, en me demandant s’il sera utile à quelqu’un. Après des heures de travail! La question commence à me déprimer. Écrire encore ou ne plus écrire? Car l’écriture est pour moi autant une passion qu’une corvée. Dans l’avion, je regarde le dernier feuillet, ne sachant plus s’il faut l’abandonner aux quatre vents ou, au contraire, le publier. Ma mission d’écriture avait l’air de se jouer en cet instant.

      Après avoir retourné la question dans tous les sens, je fais le choix de prier avec un psaume, n’ayant l’intention ni d’y répondre, ni de l’oublier, mais de simplement l’abandonner à elle-même. L’auteur du psaume 91 se porte volontaire; il m’offre son écriture : « Il chargera ses anges de te garder en tous tes chemins. Ils te porteront dans leurs bras ». (Ps 91, 11-12) Je me tourne vers la gauche pour vérifier la place de mon siège. Il donne sur une sortie de secours sur l’aile même de l’avion. Décidément, ces vieux psalmistes m’étonnent toujours par l’à-propos de leurs prières. Par l’un d’entre eux, l’Esprit venait de me dire qu’il me suffisait de savoir, à cette heure, que les anges me portaient dans ma mission, et que je n’avais pas à en savoir davantage. Je suis sûr que, si la personne du siège d’à côté m’avait demandé : « As-tu trouvé une réponse à ta question? », je lui aurais répondu : « Quelle question? »

      Les psaumes restent à juste titre mon journal. Comme les anges, les psalmistes, entre autres tâches, assument la liaison entre le ciel et la terre, de telle sorte que les voyageurs les plus heureux, on pourrait, à la rigueur, les reconnaître, tenant leur carte d’embarquement dans une main et un psaume dans l’autre.

      Revue Prière Appel de l’Aurore, n° 57, Hiver 2004, p. 7
    40. Publié sur Facebook

      C’est le dimanche soir. Il est 18 h 30. En provenance du Nord de l’Ontario, je fais escale à Toronto. Mon vol pour Montréal est prévu à 22 h 00. Pendant toute cette attente, j’entends annoncer sans arrêt les départs et, chaque fois, bien entendu, avec la mention : dernier appel. Mais il y a toujours… un autre appel après le dernier appel. Tous ces communiqués qui ne me concernent absolument pas me dérangent. Ils violent mon silence chaque fois que j’arrive à le faire. C’est quasi invivable pour un homme obsédé — le mot n’est pas trop fort — par la vie en solitude. Mais, me ressaisissant, je m’exhorte à la cohérence de mes choix plutôt que de céder, je l’espère, à la résignation. « Tu t’es toujours perçu comme un moine dans le trafic. Pourquoi maintenant te plaindre? C’est ici ton monastère, ce soir. »

      Je m’apprête donc à prier avec un psaume, au nom de cette multitude d’inconnus qui vont et viennent dans l’aéroport. J’ouvre au livre des psaumes. L’Esprit m’offre celui-ci, à moi qui, dans moins de deux heures, survolerai les terres et les lacs : « Qu’est-ce donc l’homme pour que tu penses à lui? Tu en as presque fait un dieu… Tu as tout mis sous ses pieds : tout bétail, gros ou petit, et même les bêtes sauvages, les oiseaux du ciel, les poissons de la mer. » (Ps 8, 5. 7-9) Le réalisme de ce psaume me fait réagir. Une prière au temps de la marche, il y a plus de deux millénaires, se retrouvait dans un aéroport moderne sans aucun décalage. Rien à ajouter, rien à retrancher. Elle était complète, il n’y manquait que mon nom. Subitement, me voilà réconcilié avec le monastère aéroportuaire Pearson. Pour rien au monde, je ne voudrais être ailleurs.

      Revue Prière Appel de l’Aurore, n° 57, Hiver 2004, p. 6-7
    41. Publié sur Facebook

      Le seul bagage dont je ne me sépare jamais en avion, c’est ma Bible. Je l’emporte partout. Elle est même, pour moi, plus importante que ma carte d’embarquement. Car celle-ci, je l’ai perdue une fois à Newark, mais la Bible, je ne l’ai jamais égarée. Je dis la Bible, mais je devrais préciser : les psaumes. Ils me sont particulièrement chers en voyage. Je vole avec eux. Ce sont les versets des psaumes qui me portent, plus que l’appareil, aurais-je envie de dire. Voici une anecdote personnelle que je vous partage avec simplicité, conscient que mes histoires s’apparentent plus au fioretti qu’à la théologie.

      Il est 4 h du matin, je suis dans une auberge à Quito. Un taxi va me prendre dans quelques minutes pour m’amener à l’aéroport international, d’où je partirai pour Bogota, ensuite pour Newark, avant d’arriver à Montréal à 23 h 30. Là, j’attendrai toute la nuit, parce que ce n’est que le lendemain, à 8 h 00, que je partirai pour Victoriaville. La lassitude s’empare de moi; le voyage me semble une corvée. Je ne sais plus ce que je veux : ne pas partir ou être arrivé. « Cette vie dans mes valises, j’en ai encore pour longtemps? » me demandais-je, l’âme refroidie comme la nuit dans la Cordillère. Puisque de toute manière et en tout lieu, je commence ma journée par un psaume, je me recueille de mon mieux, en me centrant sur l’Église de l’Équateur plus que sur moi, avant d’ouvrir dans l’Esprit. Voici le passage qui m’est donné : « Heureux l’homme qui trouve chez toi sa force : de bon cœur il se met en route. » (Ps 84, 6) L’effet est instantané. Je ne suis plus du tout le même. La lassitude a pris son envol avant moi. Me voici sur le seuil de l’auberge, en grande forme et en grande joie, heureux d’avoir à ma disposition près de 30 h entre ciel et terre.

      Revue Prière Appel de l’Aurore, n° 57, Hiver 2004, p. 6
    42. Publié sur Facebook

      « Proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte, toujours avec patience et souci d’enseignement. Viendra un temps, en effet, où certains ne supporteront plus la saine doctrine mais au gré de leur propre désir et l’oreille leur démangeant, s’entoureront de quantité de maîtres. Ils détourneront leur oreille de la vérité, vers les fables ils se retourneront. Mais toi cependant, sois sobre » (II Tm 4, 2-5).

      Paul met un lien direct entre la sobriété et la vérité : trait de théologie génial. Un monde où l’abondance est l’objectif numéro un est un monde où l’erreur surabonde. Pourquoi? Parce que l’abondance rend orgueilleux : Salomon. Or l’orgueil dans la place, le jugement confond la gauche et la droite, et ce qu’il cherche il ne l’atteint pas (Rm 11, 7).

      Nous pourrions dire la même chose autrement. La sagesse de l’abondance n’est pas exactement la sagesse de la croix, et la vérité se trouve toujours du côté de la croix, de Jésus-Christ crucifié et ressuscité, puissance et sagesse de Dieu (I Co 1, 18-24).

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 168-169
    43. Publié sur Facebook

      Saints par vocation, nous n’avons même pas encore assimilé l’enseignement de l’Évangile quant aux réalités les plus élémentaires et c’est un peu déçu que je dois rappeler l’avertissement de l’Apôtre « Le corps n’est pas pour la débauche, il est pour le Seigneur et le Seigneur est pour le corps… ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ? » (I Co 6, 13-15)

      Je ne regrette pas d’aborder souvent dans ces Lettres les dimensions les plus élevées de la vie de foi, tel l’amour de la croix, car j’ai la ferme conviction, ce faisant, d’obéir au Seigneur, même si je suis loin de posséder une bonne connaissance de toutes ces choses. Je ne voudrais pas pour autant créer l’impression que nos communautés ont beaucoup de chemin de fait.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 167-168
    44. Publié sur Facebook

      L’Esprit n’a pas prévu de pause dans la poursuite de notre conformité à Jésus; aucun arrêt n’est réglementaire. Impatient de nous voir réunis au Christ, il prendra les dispositions nécessaires pour nous reposer d’un effort par un autre effort dans une recherche continue. Dieu n’apparaît lent à intervenir qu’à quiconque est lent à comprendre ses signes. Laissé libre, Dieu nous instruirait maintenant de tous ses mystères, nous ferait surmonter toutes nos limites, nous aiderait à courir tous les risques inhérents à l’évangélisation. Jésus n’est pas l’homme des frontières mais de l’infini, et son royaume de vérité, d’amour et de paix, il ne l’offre pas partiellement et comme à regret. Venez, nous dit-il de mille et une manières, partager aujourd’hui l’héritage du Père; ce qui est à moi est à vous (Jn 17, 24).

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 165-166
    45. Publié sur Facebook

      Il paraît, selon le principe de Peter, qu’un homme atteint, de promotion en promotion, son propre niveau d’incompétence où pendant des années il conservera par la force des choses une fonction qui le dépasse. Il ne pourra pas bouger comme il ne pourra pas être bougé, c’est la loi de l’incompétence terminale.

      Quoi qu’il en soit de la bonhommie raisonnable du principe de Peter, la carrière des chrétiens ne suit pas de sa nature un cours comparable. Soumis au principe de l’Esprit, ils ne risquent pas d’atteindre un niveau d’incompétence si ce n’est en rendant impraticables les chemins du Seigneur. De progrès en progrès les fils de la lumière n’ont pas raison d’arriver à un plafond impossible à franchir. Bien plus, ils ne restent fils de la lumière qu’à la condition de veiller jour après jour sur la croissance de la foi, de l’espérance et de la charité. Par vocation ils sont destinés à s’approcher jusqu’à l’identification de l’homme parfait, le Christ Jésus. Partis, enfants, influencés sans interruption par le milieu, impuissants à vouloir une chose avec constance plutôt qu’une autre, sensuels, irritables, et malgré tout contents d’eux-mêmes et se demandant quels progrès ils auraient à faire, partis de loin, les chrétiens ont des possibilités infinies de perfectionnement.

      Nouvelles lettres à quelqu’un, 1979, p. 165
    46. Publié sur Facebook

      Quand l’hiver tue la vie en imposant sa loi, l’arbre dit au soleil : « Mon espoir est en toi. »

      Revue Prière Appel de l’Aurore, n° 57, Hiver 2004, p. 2
    47. Publié sur Facebook

      À chaque retour du soir, tous les chantres des Cieux : soleil, étoiles et lune, avec ceux de la Terre : arbres, oiseaux et vent, chantent d’une même voix la gloire du Très-Haut et la gloire du Très-Bas.

      Prière Appel d’Aurore, n° 55, Été 2003, p. 2

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    La plupart de ces extraits sont tirés des ouvrages de l'abbé Gérard Marier. Vous pouvez vous procurer ses livres et neuvaines sur la page Publications.